Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /2008 16:47

(a) La réfutabilité n'est pas un défaut, mais une qualité de la conjecture scientifique.

(b) La réfutabilité est la capacité pour une hypothèse, une théorie ou une conjecture scientifique de se soumettre à des expériences susceptible de la réfuter ou mettre en défaut. La réfutabilité est le critère de la scientificité.

(b) Karl Popper (1902-1994) a exprimé ces principes dans "Conjectures et Réfutations". La science ne produit pas de preuves d'une énigmatique vérité objective. La science produit des discours construits qui, au lieu d'être des discours clos ou des discours de vérité, sont des supputations, des conjectures fragiles. Leur caractéristique scientifique est la réfutabilité. Cette qualité est le résultat d'un travail particulier : prévoir des épreuves ou des expériences susceptibles de les réfuter, de prouver leur fausseté.

(c) Déjà l'écossais David Hume (1711-1776) avait préparé le terrain. Réfléchissant sur les voies de la production de connaissances par la logique et par la science, il accepte la déduction (tirer une conclusion de deux prémices) et refuse l'induction. L'induction est cette croyance selon laquelle la répétition d'un phénomène serait la preuve de sa vérité ou de son universalité. Le fait, très répétitif que je me réveille tous les matins depuis de très nombreuses années ne prouve nullement qu'il en sera de même ad aeternam. Il se pourrait même que je sois mortel. Quoique je n'en ai pas la preuve.

(d) Le pouvoir de réfutation de la Science est beaucoup plus fort qu'on ne le croit, si l'on sait résister aux sirènes de la certitude du dogme. Citation :

- <<Un philosophe s'étonnait fort que je pusse penser faire aucune affirmation - fût-elle même négative ! - portant sur la réalité en soi, sur l'Etre. Ma réponse a été, qu'effectivement je ne le pourrais s'il s'agissait d'une réalité qui serait supposée sans nul rapport avec nos sens. Mais la puissance de l'expérience reste, dans le domaine de la réfutation, considérable, même lorsqu'il est question de la réalité en soi. Grâce à elle je puis en effet réfuter l'idée que seraient vraies ensemble les deux assertions suivantes : premièrement, que font partie de la réalité en soi les impressions sensibles des personnes expérimentant dans le domaine des inégalités de Bell, et, deuxièmement, que cette réalité en soi est séparable par la pensée en systèmes munis de propriétés. (Bernard d'Espagnat, "Un atome de sagesse", page 122)>>.

(e) La psychanalyse ne peut pas être reconnue comme une science, pour de multiples raisons. Entre autres hypothèses, l'inconscient ne connaîtrait pas la contradiction. Bien que la libido soit un concept quantitatif, la mesure n'y est jamais utilisée. L'enregistrement des échanges verbaux y est interdit. Mais, comme dans chaque discipline, les chercheurs sont conduits à critiquer les idées de leurs prédécesseurs.

- <<En un sens, la psychanalyse est aussi soumise à ce genre d'évolution. Mais il y a une différence. Elle n'est pas astreinte aux mêmes règles logiques, et les épistémologues lui refusent le titre de science parce qu'elle ne réussit pas à s'exposer méthodiquement aux possibilités de réfutation rigoureuse. On peut imaginer qu'on formalisera assez la "théorie" analytique pour qu'elle puisse un jour être exposée au démenti de l'observation. C'est déjà arrivé à Freud qu'une observation singulière (par exemple, comme on verra, celle du petit Hans devenu grand) l'ait obligé à bouleverser ses conceptions théoriques. Mais ces changements ne sont pas de la même nature que dans les autres savoirs, parce que la préoccupation essentielle d'un psychanalyste n'est pas son rapport à une théorie de l'inconscient, mais, avant tout, son rapport à l'inconscient - et au sien d'abord. Cela est naturellement beaucoup plus difficile à énoncer en termes épistémologiques. (Octave Mannoni, "Ça n'empêche pas d'exister", page 7)>>.

(f) Voir Expérience probante. Expérience réfutante. Falsification. Fausseté. Point de vue économique. Vérité objective.

Par Hubert Houdoy - Publié dans : Epistémologie
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /2008 16:29

(a) Langage courant. <Falsifier>, terme du début du XIV ème siècle dans le sens d'"altérer" puis de "tromper" (1633), signifie aujourd'hui "contrefaire", "faire un faux", "imiter d'une manière frauduleuse", "dénaturer", "altérer une substance". Le bas latin <falsere> signifie "altérer", "falsifier". <Falsus, a, um> est le participe passé du verbe latin classique <fallo, is, fallere> signifiant "faire glisser", "induire en erreur", "tromper", "décevoir", "abuser", "manquer à sa promesse", "être infidèle à", "trahir", "ne pas parvenir à la connaissance".

(b) Langage philosophique ou scientifique. Une traduction trop rapide du terme anglais utilisé par Karl Popper dans "Conjectures et Réfutations" amène à employer le verbe <falsifier> au lieu du verbe <réfuter>. Une théorie n'est <falsifiable> que si on peut montrer qu'elle est fausse. Dans le cas contraire, elle n'est pas "juste", elle est "non-scientifique", c'est-à-dire qu'elle n'est pas construite selon les normes d'un discours faisant "preuve" de scientificité. Les termes de réfutabilité et de réfutation sont beaucoup plus clairs en français. La réfutation montre qu'une hypothèse n'était pas pertinente.

(c) Point de vue. C'est ainsi que Michel Serres peut écrire que l'Histoire n'est pas falsifiable (c'est-à-dire non prouvable et non pas indubitable) :

- <<L'image du sentier suggère un réalignement. Le fait de raconter le suggère plus encore, la ligne du récit courant d'un prélude à la fin, comme un fleuve va des sources au delta ; son cours a un lit et des tributaires comme le récit son entraînement principal et ses bifurcations. Or l'histoire présente un destin qui paraît irrésistible lorsqu'on le relit d'aval en amont. Chaque fois que l'écoulement destinal y branle et en bifurque, il réordonne son passé ; il en filtre les éléments propres à conditionner la suite, de quelque nature qu'elle se présente. Telle révolution, tel conflit cherchent en amont leurs causes et ne peuvent que les trouver, parmi l'amoncellement chaotique des choses passées ; ainsi, quelque direction nouvelle que prenne le cours en question, il découvrira toujours, avant elle, des solutions aux questions causales qu'elle pose. Car, innombrable et indéfini comme le paysage de tantôt vu d'assez haut, le passé contient tout ce qui peut devenir, à loisir, l'ensemble des causes ou des conditions de n'importe quelle issue à venir. Semblable à un problème à une infinité de solutions, l'histoire ne se trompe jamais. L'historien encore moins. Nous ne pouvons jamais falsifier la première, ni convaincre le second d'erreur. Hors la science, puisque non falsifiable, l'histoire reste passionnante pour la libido d'appartenance qui a horreur de l'erreur. Or nul ne peut la falsifier parce que sa référence ultime contient l'infinité continue du bruit. Ainsi son récit passé apparaît-il comme un ensemble, quasi nécessaire, de chaînes causales, bien que chaque bifurcation, devant, s'y joue librement, comme au hasard. Qu'il s'agisse d'autobiographie, d'histoire ou même du Grand Récit, comment définir ce récit même ? Par le fait qu'il contient, pour le meilleur et le pire, ces causes et ces choix, le hasard et la nécessité. Pour parler de l'humanisme, j'ai choisi ce genre parce qu'il bénéficie de cette synthèse. (Michel Serres, "Récits d'humanisme", Le Pommier, 2006, page 112)>>.

(d) Voir Conjecture. Dogme. Pertinence. Récit.

Par Hubert Houdoy - Publié dans : Epistémologie
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /2008 16:03

(a) Dans le domaine de l'Art.

(a) Le mot <falsification> signifie "faire passer un faux pour un vrai".

(b) La falsification est l'activité du faussaire : le fait de produire un faux, pour le faire passer pour un vrai.

(c) Voir Falsifier. Pervers narcissique.

(B) Dans le domaine de la Science.

(a) En Épistémologie. Le mot <falsification> signifie "montrer que la théorie n'est pas pertinente".

(b) Etymologie. Une traduction trop rapide du terme anglais utilisé par Karl Popper dans "Conjectures et Réfutations" amène à employer le mot <falsification> dans le sens de <falsifiabilité>, d'ailleurs tout aussi ambiguë.

(c) Les termes de réfutabilité et de réfutation sont beaucoup plus clairs en français.

(d) La réfutation montre qu'une hypothèse n'était pas pertinente. C'est le test crucial de l'expérimentation scientifique.

- <<L'expérience anormale de Popper est importante pour les sciences parce qu'elle fait surgir des concurrents du paradigme existant. Mais la "falsification", bien qu'elle se produise sûrement, ne se produit pas dès l'émergence d'une anomalie ou d'une instance "falsifiante". C'est au contraire un processus subséquent et séparé que l'on pourrait tout aussi bien appeler vérification puisqu'il consiste à faire triompher un nouveau paradigme sur l'ancien [..] Toutes les théories ayant une importance historique ont été d'accord avec les faits, mais seulement plus ou moins. (Thomas Kuhn, "La structure des révolutions scientifiques", 1962, Flammarion, Champs, 1993 page 203)>>.

(e) Voir Conjecture. Discours de vérité. Parole de vérité. Pertinence. Vérité objective. Vérité subjective.

(C) Autres domaines.

(a) S'il y avait des falsifications, cela se saurait !

- <<Le Chef a toujours raison (Règlement du chef, Article I)>>.

(b) Voir Vérité officielle.

Par Hubert Houdoy - Publié dans : Epistémologie
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /2008 15:40

(a) L'économie cognitive est une branche ou une évolution de l'Economie Politique, apparue dans la conséquence du tournant cognitif. Pour cette école (André Orléan, Bernard Walliser), le prix d'une marchandise n'est pas le reflet dans la pensée des agents ni dans la forme de la monnaie (théorie quantitative) d'une valeur substantielle incorporée dans les marchandises, mais le résultat d'un processus cognitif d'ajustement des croyances, par adaptation, contagion mimétique ou manipulation délibérée des croyances des autres.

(b) Définition.

- L'économie cognitive <<se donne pour but la compréhension des phénomènes cognitifs, individuels et collectifs, livre des outils formels intéressants pour qui cherche à rendre intelligibles la propagation des croyances comme l'émergence des représentations conventionnelles, au-delà du seul domaine financier. (André Orléan, "Croyances et représentations collectives en économie", Projet pour une direction d'études cumulante à l'EHESS, 17 mars 2005)>>.

- <<Á l'évidence, l'impact des représentations collectives ne s'arrête pas aux seuls marchés financiers même si ceux-ci nous en fournissent une illustration exemplaire. Les conventions salariales, les conventions de qualité ou les standards techniques sont autant d'exemples de phénomènes de cette nature. L'économie cognitive dont l'objet est d'étudier les phénomènes cognitifs, individuels ou collectifs, a développé un intéressant appareil formel permettant d'étudier ces processus dans toute leur généralité, au-delà du seul domaine financier. C'est là un apport important qu'il conviendra de continuer à développer dans le cadre de notre projet. Deux axes peuvent être privilégiés : l'approche évolutionniste des conventions et l'analyse des croyances collectives. Les deux livres collectifs ["Leçons de microéconomie évolutionniste", Paris, Odile Jacob, 2002, avec J. Lesourne et B. Walliser] et ["Advances in Self-Organization and Evolutionary Economics", Paris, Economica, 1998, avec J. Lesourne] dont j'ai assuré la co-direction visent précisément à présenter ces outils de modélisation et à en montrer l'intérêt. Ils ont fait l'objet d'enseignements à l'École Polytechnique, à l'ENSAE et, plus récemment, dans le cadre du nouveau Master de Sciences Cognitives. (André Orléan, "Croyances et représentations collectives en économie", Projet pour une direction d'études cumulante à l'EHESS, 17 mars 2005)>>.

(c) Référence bibliographique :

- Bernard Walliser, "L'économie cognitive", Odile Jacob, Paris, 2000.

(d) L'étude des interactions cognitives fait appel aux études sur le mimétisme.

(e) Voir La carte n'est pas le territoire. Mimétisme normatif. Opinion collective. Processus auto-référentiel.

Par Hubert Houdoy - Publié dans : Economie cognitive
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /2008 14:51

(a) Une théorie scientifique ne pourra jamais prouver sa vérité. Elle n'est jamais qu'une hypothèse, une conjecture, des dés que l'on jette en l'air dans l'espoir de gagner.

- <<Le fait le plus remarquable qui ressort d'un tel processus est que le progrès de la physique ne se manifeste pas d'une façon linéaire selon un approfondissement et un affinement réguliers de nos connaissances, mais par sauts brusques, par explosions. L'émergence de chaque hypothèse nouvelle constitue une sorte d'éruption, un bond dans l'obscur inexplicable par la logique. Alors vient au jour une nouvelle théorie qui se développe plus ou moins nécessairement jusqu'au moment où le verdict des mesures vient la juger. Aussi longtemps que cette épreuve lui est favorable, l'hypothèse gagne en crédit et la théorie connaît un essor grandissant. Mais aussitôt qu'une difficulté apparaît quelque part dans l'interprétation d'une mesure, le doute, la méfiance, la critique ne tardent pas à surgir aussi. C'est le signe de l'agonie de cette hypothèse et l'annonce de son remplacement par une autre qui aura pour fonction de résoudre la crise et de proposer une nouvelle théorie qui, tout en conservant les avantages de l'ancienne, corrigera ses défauts. Ainsi, au gré de vicissitudes qui en affectent tantôt un principe fondamental, tantôt un aspect secondaire, se poursuit l'entreprise d'exploration du monde extérieur réel qui constitue l'objet de la physique. Toute l'histoire de cette science en témoigne. Ceux-là seuls qui ont suivi dans le détail les difficultés que soulevait la belle théorie lorentzienne de l'électrodynamique et les conflits qu'elle entraînait avec les mesures expérimentales, sont en mesure d'apprécier le soulagement qu'a apporté la théorie de la relativité. On peut en dire autant de l'hypothèse des quanta, bien que, dans ce domaine, nous n'ayons pas encore tout à fait surmonté la crise. (Max Planck, "L'Image du monde dans la physique moderne", 1933, traduction Cornélius Heim, Gonthier, 1963, page 108)>>.

(b) Les expériences ne permettent pas de prouver les hypothèses. Le nombre de réussites n'y change rien. (David Hume. "Critique de l'induction").

(c) Pour être scientifique, une théorie doit prévoir des expériences susceptibles de la réfuter, de la mettre en défaut de pertinence. Et là, un seul échec suffit.

(d) Une théorie qui ne prévoit pas sa réfutabilité ("falsification" en anglais) ne relève pas de la science mais des dogmes religieux ou totalitaires.

(e) Voir Baron de Münchausen. Conjecturer. Crucial. Déduction. Hypotheses non fingo. Karl Popper. Méthode hypothético-déductive. Modèle. Réfutabilité. Réfutation. Projet d'intelligibilité.

(f) Lire "Réalité Représentations". "Trois Niveaux".

* * *

Auteur.

Hubert Houdoy

Mis en ligne le Jeudi 26 Juin 2008

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Par Hubert Houdoy - Publié dans : Epistémologie
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